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Des existences que la misère rend transparentes

C’est par une phrase, unique, sans majuscule initiale et sans point final, que s’offre à nous ce récit

 

Un jeune homme entre dans un supermarché et prend une canette de bière dans un rayon, la boit.

Quatre vigiles l’entourent, l’arrêtent et l’entraînent dans les réserves.

Puis le battent à mort.

C’est tout.

 

Sur la quatrième de couverture, on peut lire que cette fiction est librement inspirée d’un fait divers survenu à Lyon, en décembre 2009. Plus précisément, au magasin Carrefour de Lyon Part-Dieu, le 28 décembre 2009, quatre vigiles ont tué Mickaël Blaise, 25 ans, martiniquais. Une caméra de surveillance a tout enregistré. Il est mort la cage thoracique enfoncée. Lors du procès, le procureur a dit qu’un homme ne devait pas mourir pour si peu (une canette).

 

Dans le texte très oral de Laurent Mauvignier, et à travers le souffle des méandres d’une parole qui veut comprendre à la fois l’acte en lui-même et cette sentence judiciaire, il n’est pas dit que le jeune homme est noir, ou homosexuel. Plein d’autres choses de la vie sont évoquées. Des souvenirs, souvent heureux. Mais il est d’abord question de détresse et de peur. Et de l’étonnement face à la proximité de la mort.

 

Avant les coups et les insultes, cette peur de la mort est d’abord la peur de manquer, la peur d’avoir soif. Au moment des coups, le narrateur fait parler le mort: « ma mort n’est pas l’évènement le plus triste de ma vie, ce qui est triste dans ma vie c’est ce monde avec des vigiles et des gens qui s’ignorent dans des vies mortes comme cette pâleur ». Les vigiles, eux, disent que la victime représente « tout ce qui leur a fait du mal dans la vie ».

 

A travers Ce que j’appelle oubli, Mauvignier donne voix à quelqu’un dont le parcours social lui en prive. Cette parole, adressée au petit frère de la victime, fait entendre le silence de celui qui s’est fait lyncher et assassiner. Le petit frère, lui aussi, reste silencieux.

 

En s’adressant à nous, cette parole nous donne (lecteurs, spectateurs) le statut du frère.

Peut-être de frère humain.

Ce n’est ni un roman ni une nouvelle mais comme le dit Laurent Mauvignier lui-même « un texte de voix fait pour la voix, pour être dit, pour rencontrer un public et un plateau ».

 

La force de la dénonciation qu’il contient, sa portée polémique, polysémique et politique, sont telles

que ce texte appelle de manière impérieuse la scène, comme une tribune. Loin d’être un continuum compassionnel ou un lamento de douleurs, il s’agit plutôt d’en faire ressortir tous ses contours et son régime pour atteindre ce qui caractérise l’écriture: un ton mordant, une férocité et une forte ironie, voire parfois une rage. Être au plus près de l’urgence de sa construction et de la maîtrise du discours. Et faire apparaître le spectre d’une logique raciale non énoncée, tue, cachée, occultée, inconsciente, essentialisante, meurtrière, scandaleuse. Car le point aveugle du récit - ce qui tente d’être dit par des mots - est un cri silencieux, une révolte profonde devant l’incompréhension de la mort quand elle est causée par certains hommes qui établissent des hiérarchies sociales et raciales entre les hommes - et qu’il n’y a pas de réparation.

Ce que j’appelle oubli

 

de Laurent Mauvignier

Mise en scène et scénographie

Philip Boulay

 

Avec Vincent Ozanon

 

Collaboration chorégraphique

 et artistique

Caroline Marcadé

Création Lumières Stéphane Loirat

Création sonore

Jean-François Domingues

Régie Denis Amar, Stéphane Loirat (en alternance)

Administration de production

Jean-Christophe Boissonnade

 

 

Production Wor(l)ds…Cie.

 

Avec les soutiens

Centre Dramatique National de Normandie Rouen (résidence de création), Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale de Beauvais, l’Espace Bernard-Marie Koltès, Scène conventionnée pour les Écritures contemporaines de Metz, Théâtre de l’Oriental de Vevey (Suisse).

 

Avec le concours

de la Ville du Pré Saint-Gervais.

 

Avec l’Aide

du Ministère de la Culture et de la Communication - Direction Régionale des Affaires Culturelles

(Aide à la création)

 

Remerciements

au Théâtre de la Poudrerie de Sevran, le Bureau de production « Les Indépendaces », Albertine M. Itela, Sully, William et Élyna, Élise, Thierry Thieû Niang, Jean-Guy Lecat, l’équipe du Roxy de Mont Saint-Aignan.

Saison 2017-2019

 

Centre Dramatique National Normandie Rouen

Sortie de création les 3 et 4 novembre 2017

 

Théâtre du Beauvais, Scène nationale Beauvais

Du 7 au 9 novembre 2017

 

Théâtre en appartement, Paris 10

Représentation Hors les Murs

Le 11 novembre 2017

 

Théâtre de l’Oriental / Vevey (Suisse)

Du 15 au 19 novembre 2017

 

Espace Bernard-Marie Koltès - Théâtre du Saulcy

Scène conventionnée Écritures contemporaines / Metz

Du 13 au 14 décembre 2017

 

Café Le Grain d’Or / Le Pré Saint-Gervais

Représentation Hors les Murs

Le 22 décembre 2017

 

Théâtre en appartement / Alès

Représentation Hors les murs

 Le 13 janvier 2018

 

Du 25 au 27 octobre 2018

 

Le Local Théâtre - Paroles en acte / Paris

Du 11 au 28 janvier 2018

 

La Fonderie - Théâtre du Radeau / Le Mans

Dates à déterminer.

©  Philiip Boulay Wor(l)ds... Cie. Website 2018